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FAQ : Toutes les Questions sur la Grille AGGIR et les Niveaux de Dépendance GIR

FAQ : toutes les questions sur la grille AGGIR et les niveaux de dépendance GIR

La perte d’autonomie est une réalité qui touche des millions de familles françaises. Que vous soyez un proche aidant, un senior souhaitant anticiper l’avenir ou un professionnel de santé, comprendre la grille AGGIR et les niveaux GIR est indispensable pour naviguer dans le système d’aide à la dépendance. Cet outil d’évaluation conditionne en effet l’accès à l’APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie), le financement d’un séjour en EHPAD et les garanties de votre assurance dépendance. Voici un guide complet pour répondre à toutes vos questions.

Qu’est-ce que la Grille AGGIR ?

Définition et origine de l’outil

La grille AGGIR — acronyme d’Autonomie Gérontologie Groupes Iso-Ressources — est un outil d’évaluation médico-sociale créé en France dans les années 1990 et officialisé par la loi du 20 juillet 2001 relative à la prise en charge de la perte d’autonomie. Elle constitue aujourd’hui la référence nationale pour mesurer le degré de dépendance d’une personne âgée ou handicapée.

Concrètement, la grille AGGIR permet à une équipe médico-sociale de classer une personne dans l’un des six niveaux GIR (Groupes Iso-Ressources), allant du GIR 1 (dépendance totale) au GIR 6 (autonomie complète). Ce classement détermine ensuite les droits aux aides publiques et conditionne de nombreuses décisions relatives au maintien à domicile ou à l’entrée en EHPAD.

Qui utilise la grille AGGIR ?

L’évaluation est réalisée par des professionnels formés et habilités :

  • Les équipes médico-sociales des Conseils Départementaux dans le cadre de l’instruction d’une demande d’APA
  • Les médecins coordonnateurs en EHPAD pour déterminer le niveau de soins nécessaires
  • Les médecins traitants et équipes soignantes à domicile
  • Les experts mandatés par les compagnies d’assurance dans le cadre de contrats dépendance

Il est important de noter qu’un proche ou un membre de la famille ne peut pas réaliser lui-même cette évaluation officielle, même s’il peut préparer l’entretien en observant les difficultés quotidiennes de son parent.

Comment Fonctionne l’Évaluation AGGIR ?

Les variables discriminantes : le cœur de l’évaluation

La grille AGGIR s’appuie sur l’observation de 17 activités, divisées en deux catégories. Les 10 variables discriminantes sont celles qui entrent directement dans le calcul du GIR. Elles concernent :

  1. La cohérence : se comporter et communiquer de façon sensée
  2. L’orientation : se repérer dans le temps et l’espace
  3. La toilette : se laver seul (haut et bas du corps)
  4. L’habillage : s’habiller, se déshabiller, se coiffer
  5. L’alimentation : se servir et manger seul
  6. L’élimination : gérer ses besoins urinaires et fécaux
  7. Les transferts : se lever, s’asseoir, se coucher
  8. Les déplacements intérieurs : se déplacer dans le logement
  9. Les déplacements extérieurs : sortir et se déplacer hors du domicile
  10. La communication à distance : utiliser un téléphone, sonner, alerter

Les variables illustratives : des informations complémentaires

Les 7 variables illustratives ne participent pas au calcul du GIR mais enrichissent le profil de la personne. Elles portent sur la gestion du budget, la cuisine, le ménage, les transports, les achats, le suivi du traitement médical et les activités de loisirs. Ces éléments sont précieux pour construire un plan d’aide personnalisé.

La cotation A, B ou C

Pour chaque variable discriminante, l’évaluateur attribue une note :

  • A (Fait) : la personne réalise l’activité seule, correctement, totalement et habituellement
  • B (Fait partiellement) : la personne réalise l’activité de façon non totale, non correcte ou non habituelle
  • C (Ne fait pas) : la personne ne réalise pas l’activité, même partiellement

C’est la combinaison de ces cotations qui détermine l’appartenance à un groupe GIR.

Les 6 Niveaux GIR Expliqués

GIR 1 : dépendance totale

Le GIR 1 correspond aux personnes qui ont perdu toute autonomie mentale, corporelle, locomotrice et sociale. Ces personnes nécessitent une présence continue et des interventions indispensables pour les actes essentiels de la vie. On y trouve notamment des personnes en état végétatif, atteintes de démences sévères ou en fin de vie.

Exemple concret : Madame L., 87 ans, atteinte d’Alzheimer à un stade avancé, ne reconnaît plus ses proches, ne peut ni se lever ni manger seule, et nécessite une surveillance 24h/24.

GIR 2 : dépendance sévère

Le GIR 2 regroupe deux profils distincts :

  • Les personnes ayant perdu leurs fonctions mentales mais conservant leurs capacités motrices
  • Les personnes dont les fonctions mentales sont partiellement altérées mais qui nécessitent une aide quotidienne pour la plupart des activités corporelles

Exemple concret : Monsieur D., 82 ans, a subi un AVC sévère. Il est lucide mais totalement paralysé du côté droit. Il ne peut ni se lever, ni se laver, ni s’habiller seul.

GIR 3 : dépendance partielle importante

Le GIR 3 concerne les personnes qui ont conservé leur autonomie mentale et une mobilité partielle, mais qui nécessitent plusieurs fois par jour des aides pour leur autonomie corporelle. La prise en charge est souvent assurée par un aidant familial complété par des services professionnels.

Exemple concret : Madame R., 79 ans, souffre d’une maladie de Parkinson évoluée. Elle peut se déplacer avec un déambulateur mais a besoin d’aide pour la toilette, l’habillage et la préparation des repas.

GIR 4 : dépendance partielle modérée

Le GIR 4 est le niveau le plus fréquemment rencontré. Ces personnes n’assument pas seules leurs transferts mais peuvent se déplacer à l’intérieur du logement. Elles ont besoin d’aide pour la toilette et l’habillage. Leur autonomie mentale est généralement préservée.

Exemple concret : Monsieur P., 84 ans, a du mal à se lever de son fauteuil et à entrer dans la baignoire. Il a besoin d’une aide-soignante le matin pour la toilette mais gère ses repas et ses activités seul.

GIR 5 : légère dépendance

Le GIR 5 regroupe des personnes qui assurent seules leurs déplacements intérieurs, s’alimentent et s’habillent seules, mais peuvent avoir besoin d’une aide ponctuelle pour la toilette et diverses activités domestiques.

Exemple concret : Madame B., 76 ans, vit seule. Elle se débrouille bien au quotidien mais a du mal à nettoyer sa baignoire et à faire ses courses. Elle bénéficie d’une aide ménagère deux fois par semaine.

GIR 6 : autonomie totale

Le GIR 6 correspond aux personnes encore totalement autonomes pour l’ensemble des actes discriminants de la vie courante. Ce niveau n’ouvre pas droit à l’APA.

Exemple concret : Monsieur C., 72 ans, retraité actif, fait son marché, conduit sa voiture et gère entièrement son quotidien sans aide extérieure.

Grille AGGIR et Droits aux Aides : Ce Que Vous Devez Savoir

L’APA : à partir de quel GIR ?

L’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) est accessible aux personnes classées en GIR 1, 2, 3 ou 4. Les personnes classées en GIR 5 et GIR 6 n’y ont pas droit, même si elles peuvent bénéficier d’autres aides locales ou de l’aide ménagère de leur caisse de retraite.

Les montants de l’APA varient selon le GIR et les ressources de la personne. En 2024, les plafonds nationaux du plan d’aide sont les suivants :

  • GIR 1 : environ 1 955 € par mois
  • GIR 2 : environ 1 581 € par mois
  • GIR 3 : environ 1 143 € par mois
  • GIR 4 : environ 762 € par mois

Ces montants sont des plafonds ; la participation financière de la personne dépend ensuite de ses revenus.

Le GIR en EHPAD : le calcul du tarif dépendance

En établissement, le GIR intervient dans le calcul du tarif dépendance que paie le résident. Chaque EHPAD dispose d’un tarif dépendance calculé en fonction de la charge en soins de ses résidents (le GMP, ou GIR Moyen Pondéré). Plus le GIR d’un résident est élevé (donc plus sa dépendance est sévère), plus le tarif dépendance qui lui est appliqué sera important.

L’APA en établissement vient en déduction de ce tarif dépendance, selon un barème national.

Grille AGGIR et assurance dépendance : le lien crucial

La plupart des contrats d’assurance dépendance utilisent le classement GIR comme critère de déclenchement des garanties. Selon les contrats, les rentes ou capitaux sont versés à partir de :

  • GIR 1 à 2 pour les contrats couvrant uniquement la dépendance totale (contrats dit “lourds”)
  • GIR 1 à 3 pour les contrats couvrant la dépendance totale et partielle
  • GIR 1 à 4 pour les contrats les plus protecteurs, couvrant également la dépendance modérée

Conseil pratique : Avant de souscrire un contrat dépendance, vérifiez précisément à partir de quel niveau GIR les garanties sont déclenchées. Un contrat qui ne couvre qu’à partir du GIR 1-2 peut sembler moins cher, mais il vous protège beaucoup moins bien qu’un contrat couvrant jusqu’au GIR 4, niveau le plus fréquent dans la population.

Comment Se Préparer à une Évaluation AGGIR ?

Avant l’évaluation : observer et noter

Si vous attendez une visite d’évaluation pour un proche, voici comment vous y préparer efficacement :

  • Tenez un journal de bord pendant une semaine, en notant les activités que votre proche peut ou ne peut pas réaliser seul
  • Listez les aides déjà en place : auxiliaire de vie, infirmière, portage de repas, etc.
  • Préparez les documents médicaux : ordonnances, comptes-rendus d’hospitalisation, diagnostics
  • Ne minimisez pas les difficultés : l’évaluateur doit voir la réalité du quotidien, pas une image embellie de la situation

Pendant l’évaluation : les points d’attention

L’évaluation AGGIR porte sur ce que la personne fait habituellement, et non sur ce qu’elle est capable de faire dans ses meilleurs moments. Si votre parent peut théoriquement s’habiller seul mais ne le fait jamais parce qu’il n’y arrive pas de façon sécurisée, c’est cette réalité qui doit être prise en compte.

Attention à un écueil fréquent : certaines personnes âgées, par pudeur ou par crainte d’être “mal jugées”, minimisent leurs difficultés lors de l’entretien. Il est utile que l’aidant familial soit présent pour apporter des précisions factuelles.

Après l’évaluation : les voies de recours

Si vous estimez que le classement GIR attribué ne correspond pas à la réalité de la situation, vous disposez de voies de recours :

  1. Demander une révision de l’évaluation auprès du Conseil Départemental, notamment en cas d’aggravation de l’état de santé
  2. Exercer un recours gracieux auprès du président du Conseil Départemental dans un délai de deux mois
  3. Saisir le tribunal administratif en dernier recours

Questions Fréquentes sur la Grille AGGIR et les GIR

Le GIR peut-il évoluer dans le temps ?

Oui, et c’est même fréquent. La dépendance est rarement figée : elle peut s’aggraver progressivement (maladie dégénérative) ou rapidement (après une chute, un AVC, une hospitalisation). Elle peut aussi s’améliorer temporairement après une rééducation. Il est possible — et conseillé — de demander une réévaluation dès que l’état de santé d’une personne évolue significativement. Pour les bénéficiaires de l’APA, une révision est automatiquement prévue tous les deux ou trois ans.

La grille AGGIR est-elle utilisée pour les personnes handicapées ?

La grille AGGIR est principalement conçue pour les personnes âgées de 60 ans et plus. Pour les personnes en situation de handicap de moins de 60 ans, c’est la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) qui évalue les besoins, avec ses propres outils d’évaluation, notamment le GEVA (Guide d’Évaluation des Besoins de Compensation). Il existe cependant des passerelles entre les deux systèmes pour les personnes qui atteignent 60 ans avec un handicap préexistant.

Mon assureur peut-il contester le classement GIR du Conseil Départemental ?

Oui. Dans le cadre d’un contrat d’assurance dépendance, la compagnie peut mandater son propre médecin expert pour réaliser une évaluation indépendante. Le classement GIR établi par le Conseil Départemental constitue un élément important

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